Global Award 2011 : une architecture engagée au service de l’humain !!!!!

Global Award 2011 : une architecture engagée au service de l’humain

Anna Heringer  Cornelia Reithofer ©

Pour sa cinquième édition, et tandis qu’il se place désormais sous le haut patronage de l’Unesco, le Prix de l’Architecture Durable (Global Award for Sustainable Architecture) affirme plus que jamais ses fondamentaux : promouvoir l’architecture durable sous toutes ses facettes

Pour ce cinquième anniversaire de la création du Prix de l’architecture durable – Global Award for Sustainable Architecture – le maître-mot est l’engagement. Un mot indispensable tant la question première est fondamentale : « comment habitons-nous sur Terre ? ».Comment concilier les paramètres et impératifs sociaux, géographiques, politiques, économiques, comme environnementaux pour un habitat durable ?

Engagée, Jana Revedin, la fondatrice de ce prix, l’est plus que jamais ! Elle l’est pour promouvoir l’architecture durable à travers le monde, en mettant en avant des architectes aux pratiques variées, des « grands » comme des inconnus, leurs histoires d’architecture, leurs recherches, leurs projets… aidée de son comité d’experts à travers le monde.

Engagé est le Fonds Locus – « Dare, Transmit, Federate » (Oser, transmettre, fédérer) – qui, en rassemblant les lauréats, permet un véritable échange au niveau international, une promotion du dialogue entre les architectures, comme une mobilisation des compétences en faveur de projets concrets*.

Engagés sont surtout tous ces lauréats. Le palmarès 2011 démontre une fois de plus la diversité et la richesse de l’architecture durable aujourd’hui. Shlomo Aronson, grande figure israélienne de l’architecture et du paysage, côtoie le collectif islandais Vatnavinir, l’Américain Teddy Cruz, la jeune allemande Anna Heringer ou encore la fascinante communauté péruvienne de Huinchiri bâtisseuse du Pont Q’eswachaka (voir diaporama). Tous ont en commun une démarche innovante et l’amour de la Terre et de son patrimoine.

Une benjamine qui a tout d’une – très – grande

Engagée l’est ainsi, par exemple, l’allemande Anna Heringer, la benjamine, née en 1977. Un talent immense dans un petit bout de femme, découverte notamment par ses projets au Bangladesh – son premier étant celui de son diplôme, alors qu’elle n’est âgée que de 19 ans. Pour elle, « l’architecture est un outil pour améliorer nos vies« . « Des rêves plein la tête« , elle démontre par sa fraîcheur, sa joie de vivre et de se mettre au service des autres, comment « un architecte écologique, juste, créatif, communicant… est un architecte heureux, dont on a besoin ! ». Plus jeune lauréate du concours certes, elle n’en est pas moins l’une de ses figures les plus exemplaires, tant ses projets fondés sur le développement du travail et des techniques locales, dans un échange réciproque « constructif » – dans tous les sens du terme – entre tous les acteurs, illustrent parfaitement la philosophie de l’architecture durable. Une démarche qu’elle transmet de manière pédagogique à tous, étudiants occidentaux comme populations qui profitent de ces infrastructures.

L’architecture durable est une architecture plus que jamais ancrée dans le réel, plaçant non seulement l’environnement et, surtout, l’humain au coeur de sa démarche globale, forcément. Une vocation, bien sûr, mais loin d’être utopique. Quant à être engagée… toujours !

Shlomo Aronson 2010 S-Aronson Ltd. ©

Shlomo Aronson
Plan national pour le reboisement
Israël, 1986

« La population d’Israël double aujourd’hui chaque année, explique Barbara Aronson, belle-fille de l’architecte. Nous devons travailler à toutes les échelles. Notre plus grande réussite ? Le plan national pour Israël : depuis 2005 nous avons un plan contraignant pour tout le pays, qui sert de base à tous les projets. »

Shlomo Aronson s’est vu confier de nombreux plans directeurs d’aménagement paysager : des villes de Carmiel, Nazareth, Ceinture verte de Jérusalem, Parc national de la Mer Morte, l’aménagement de l’aéroport international Ben Gourion. Quartiers, parcs, infrastructures, campus… Parmi ses projets exemplaires, citons le projet du désert du Néguev, fer de lance du développement pour le fondateur du pays Ben Gourion. « La construction du paysage comme inscription dans l’histoire et moyen d’habitabilité est menée cette fois à l’échelle du territoire, explique Marie Hélène Contal, avec des méthodes patientes et mesurées aux ressources. Dans les conditions extrêmes du désert, ses paysages viennent ‘fixer’ l’eau disponible, rendre peu à peu un espace habitable, apprendre aux habitants à gérer la rareté de la ressource… » La philosophie de Shlomo Aronson ? Il faut « Faire la paix avec la Terre« , titre de l’un de ses ouvrages. « Faire un paysagisme le plus respectueux de l’endroit » – l’agence étudie systématiquement le paysage historique – et des besoins de la population.

Vatnavinir – Reykjavik, Islande

Vatnavinir - Reykjavik, Islande

Krossneslaug

Le collectif met en place des circuits touristiques, ravive des bassins d’eau chaude historiques… De la petite intervention – installer un pont de pierres sur un cour d’eau – à la transformation à grande échelle – centrale hydrolique – il poursuit le même but sous-jacent : offrir à l’Islande des activités liées à sa ressource naturelle la plus abondante, tout en la préservant et en totale collaboration avec les populations.

En réalisant la carthographie de leur pays, leur idée est ainsi « de doter chaque lieu d’un projet d’aménagement tout en assurant le développpement économique durable« .

Anna Heringer – Rudrapur (Bangladesh) – Linz – Boston
Anna Heringer Bauteam / BASEhabitat ©
« Handmade school »
Rudrapur, Bangladesh
2005
Pour l’architecte, l’essentiel tient dans l’humain et le local. Il faut associer les populations locales à la conception, en étudiant ses besoins, mais aussi associer la main d’oeuvre : « mon architecture fait participer un grand nombre de personnes« . Les ressources seront aussi locales : au Bangladesh, lieu de son diplôme – alors qu’elle n’a que 19 ans – ce sera la terre et le bambou. En étudiant le matériau à la lumière de l’existant et des développements innovants, ses qualités peuvent être améliorées sur place. Et la jeune femme transmet aujourd’hui le fruit de ses travaux dans les universités.
Teddy Cruz – Tijuana (Mexique) – San Diego (Californie)
Estudio Teddy Cruz Estudio Teddy Cruz ©
Installations temporaires avec le studio Frontière Tijuana / San Diego

Faire bouger les lignes passe par un processus politique. Tous les acteurs locaux sont associés. « J’essaie de jeter des ponts de stratégies informelles » entre les deux villes, si antinomiques, alors qu’elles ne sont qu’à vingt minutes l’une de l’autre. Elles doivent apprendre l’une de l’autre, utiliser les ressources de chacune pour mieux grandir ensemble.

Du côté mexicain à Tijuana, l’architecte a mené un projet de rénovation avec une ONG : « Les quartiers informels de cette ville croissent plus vite que les pôles urbains, les cernent, transforment les règles de croissance et effacent les distinctions entre urbain, suburbain et rural (…), explique-t-il (propos repris par Marie Hélène Contal dans la présentation des lauréats). Notre démarche a commencé ici par aborder le conflit qui prévaut entre habitat d’urgence, le travail précaire et les entreprises des zones franches d’activité (‘maquiladoras’). » Les entreprises utilisent la main d’oeuvre bon marché, sans rien lui donner en retour. « Notre intervention s’est déplacée sur ces usines elles-mêmes, en proposant qu’elles fabriquent des composants utilisables par les habitants pour leur logement. »

Et de négocier ainsi par exemple, l’utilisation d’un portique fabriqué sur place dans l’entreprise, comme un élément constructif « pour assembler les matériaux que les habitants récupèrent de San Diego et réutilisent à Tijuana« .

Q’Eswachaka – Communauté de Huinchiri, Pérou

Q'Eswachaka  Q'Eswachaka

David Ducoin / Patronato de Cultura Machupicchu ©
La présidente de l’Ong parle au nom des quatre communautés qui ont en charge la construction de ce pont depuis plus de 5 siècles. « Face à ses enjeux économiques et sociaux, explique Marie Hélène Contal, la survivance du Pont Q’Eswachaka est une fable sur la durabilité. » Et de poursuivre : « Elle commence par un paradoxe – l’ouvrage le plus fragile a tenu alors que sur la route, les puissantes architectures des relais de poste ou des forteresses se sont effondrées. Elle poursuit par une question d’une très grande acuité et qui met en question le lecteur : pourquoi dans une société un projet est-il plus durable qu’un autre et par quels moyens ? Elle se termine par une morale, une phrase brève et que le lecteur est invité à creuser car le fond y manque le moins : ‘le Q’Eswachaka symbolise la validité de la culture, matérielle et immatérielle. »

La prochaine étape : inscrire le Q’Eswachaka au Patrimoine mondial de l’humanité. Faite de paille tressée, sa construction procède d’un rituel ancestral. Il a lieu toujours à la même période début juin.

Maison à part / Pauline Polgar (25/05/2011)
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